MAISDON-SUR-SÈVRE : ENTRE SÈVRE ET MAINE


Anciens métiers et activités en lien avec ces deux cours d'eau.

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 Rappel géographique

 La commune de Maisdon comme celle de Saint-Fiacre, est limitée au nord par la Sèvre Nantaise et au sud-ouest par la Maine qui se jette dans la Sèvre près du château du coing, situé sur le territoire de Saint-Fiacre.

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Rappel historique : intérêt stratégique de la Sèvre

Entre 1925 et 1930, un démembrement ampute la commune de Maisdon de plusieurs villages et hameaux, au profit de Monnières et de Saint-Fiacre.

En 1867, le maire de Maisdon Mr Petit des Rochettes, publie un ouvrage intitulé : « Notice statistique et historique sur la commune de Maisdon suivie d'un exposé sur les projets de démembrement de cette commune ».

Le 2 juillet 1865, au cours d'une réunion du Conseil Municipal, le Maire, Mr Petit des Rochettes, « a soumis à l'assemblée toutes les pièces concernant l'enquête faite à l'occasion du projet de distraction du territoire de la commune de Maisdon, de plusieurs villages qui demandent leur réunion à la commune de Monnière, ( à savoir les Yolais, la Maisdonnière, la Ménodière,  la Cordouère, les Moulins de la justice, de la Hallopière et de la Bidière, les villages de la Hallopière, de la Févrie, la propriété de la Bidière et la ferme de Pégatine ). La distraction des villages et territoires en question aurait pour résultat de priver la commune de Maisdon de son accès à la rivière de Sèvre sur une longueur considérable (2800 m) (…) ; d'encourager des tentatives semblables de distraction de la part d'autre portions de la commune (…) ».

Le motif invoqué par les habitants de ces villages, est l'éloignement du bourg et l'insuffisance de voies praticables pour s'y rendre. Le Maire réfute ce dernier argument en énumérant les importantes améliorations apportées récemment aux voies de communication.

La contagion, comme le craint Le Maire, touche les habitants des villages proches de Saint-Fiacre. « (…) le fâcheux exemple donné par des habitants des villages voisins de Monnières, devait être imité par ceux limitrophes de Saint-Fiacre ».

Le démembrement devient officiellement effectif en 1925 pour les villageois voisins de Monnière et en 1930, Saint-Fiacre bénéficie de l'annexion des villages de la Hautière, Chasseloire, Gras Mouton, la Métairie…


Le 26 octobre 1930, le Conseil Municipal considérant que de fréquents et longs arrêts se produisent dans la correspondance tant privée qu’administrative par suite de similitudes avec Moisdon (aujourd’hui Moisdon-la-Rivière) demande que la commune soit désignée sous le nom de Maisdon-sur-Sèvre. Il est fort probable que cette modification ait été faite, dans l'intention de garder un accès pérenne à la Sèvre, afin de dissuader toute tentative de détachement. Le décret qui officialise la nouvelle appellation Maisdon-sur-Sèvre, paraît aux JO, le 15 août 1931.

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MINOTIER, MEUNIER, FARINIER.

Il n'existe pas de traces de moulin à eau, sur le territoire de Maisdon, si ce n'est à La Bidière avant la Révolution. Deux aveux (1), l'un de 1675 de la Bretesche et l'autre de 1787 de la Chasseloire attestent de l'existence d'un moulin à eau « situé sur l'estang au pied de la Bidière. Cet estang est traversé par le ruisseau qui va de la Bigotière et de l‘Inlière à l'estang ». L’étang est signalé comblé dans l'aveu de 1787.

Le 20 décembre 1819, le Maire de Maisdon, J Boutin écrit au préfet au sujet de la construction d'un moulin à Caffineau. Une demande lui a été faite par « Nicolas Chénard et Jean l'Étourneau farinier, demeurant au village de la Haie Trois Sous en Maisdon, désirant faire construire un moulin à l’eau sur la rivière de Maine à l'endroit nommé Caffineau (…) ils s'offrent à faire à leurs frais une chaussée (…) » ce projet ne fut jamais réalisé.

 Naturellement, il y avait un moulin sur la rive gauche à Château-Thébaud jusqu'au XIXème siècle. Celui-ci fut remplacé par une fabrique, puis une usine tombée en ruine qui sera démolie en 1971. D’autres moulins à eau existaient sur la Maine, en amont de Caffineau, sur la commune d'Aigrefeuille et de Sainte-Lumine de Clisson.

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PÊCHEUR DE SABLE

La rivière, c'était encore le sable.

Un document du XIXe siècle témoigne de l'activité autour du sable, à la Pépière, village riverain de la Maine.

« La cale à sable de la Pépiere (ou port à sable) a connu une forte activité quand on a commencé à se servir de la chaux pour faire du mortier de construction.

Dans ce port, toujours existant, il y avait un lavoir très fréquenté et couvert.

Un ou deux bateaux à pêcher le sable existaient. Ces bateaux avaient une taille moyenne de 18 pieds de long, 6 pieds de large et 2 pieds de haut. (1 pied = 33 cm)

Le sable était pêché avec une bêche métallique (2) à la trémie, dans le lit de la rivière et mis dans le bateau, était descendu à la brouette, et mis en tas sur la berge. Il était monté au village par des charrettes à bœufs et mis dans un enclos appartenant au propriétaire du sable. Il était vendu à des maçons, même venant de très loin… Du sable était même tamisé au besoin de la demande, et livré le plus près possible du client.

 Une famille Sailland (Château-Thébaud) qui avait une autorisation préfectorale en a péché très longtemps (…) ».

 
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ENTRETIEN DES RIVES ET PRAIRIES

La Maine, c'est aussi l’étroite vallée consacrée aux prairies aménagées, nivelées, agrandies sur le lit de la rivière par les agriculteurs de 1880 à 1910. Ils ont construit un mur presque continu pour protéger leurs prairies de l'érosion due aux crues. Ces prairies étaient très importantes pour y faire paître les vaches. Beaucoup de prés ont disparu sous la végétation parce qu'ils n'avaient pas une superficie suffisante et étaient d’un accès difficile.

De même les propriétaires riverains consacraient beaucoup de temps à l'entretien des parcelles au bord de la Maine et de la Sèvre, en coupant, élaguant, abattant des arbres si nécessaire, afin de constituer des réserves de bois, combustible indispensable dans la vie quotidienne (cuisine, chauffage).

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TÂCHES MÉNAGÈRES ET CORVÉES

Des cartes postales anciennes montrent les lavandières, agenouillées, frottant et rinçant le linge, descendu à la rivière sur des brouettes.

Pendant l'été, on puisait l'eau de la rivière que l'on transportait dans des grands tonneaux de bois, fixés sur des charrettes ou tombereaux, pour abreuver le bétail, pour le nettoyage des caves, des pressoirs, des arrière-boutiques, faute d'eau courante au robinet.

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LA CARRIÈRE DE PONT-CAFFINO

Sur la rive droite de la Maine à Caffineau (Pont- Caffino), la pierre a été extraite d'abord sans aucune autorisation, puis au début du XXe siècle, en 1900, un maître carrier nantais Mr Barré- Maillocheau obtient l'autorisation d’ouvrir une carrière qui fermera en 1972.

Les hommes qui travaillent sur ce site sont des carriers parmi lesquels on distingue plusieurs catégories en fonction des tâches effectuées.

Le carrier est un tailleur de pierre qui travaille au front de taille. Le mineur manie les explosifs. Le trancheur ou l’épinceur extrait les blocs du front de taille à l'aide d'un pic, choisit les pierres et les tranche. Le paveur façonne les pierres qui servent de pavage des rues. Le forgeron est chargé de la fabrication et de la maintenance des outils utilisés dans la carrière. Le manœuvre ou manutentionnaire déplace et charge les blocs sur des wagonnets plats, à l'aide d'un treuil à main, d'une pince de carrier, d'un cric. Le casseur réduit les pierres en granulats à l'aide d'un marteau spécial. Des femmes, à une certaine époque, sur le site de Pont-Caffino, effectuaient cette tâche. Le concasseur mettra fin à ce travail pénible. « C’était un travail de bagnard pour un salaire de misère » se remémore Michel Pourtaud qui ajoute : « nous travaillions en sabots et n'avions pas de casque ». Le travail était payé à la tâche.

Aujourd'hui, cette ancienne carrière est devenue un parc de loisirs où l'on pratique l'escalade, la varappe, et des activités aquatiques telles que le canoë, le kayak.

C'est essentiellement un lieu de promenade aménagé avec un parcours pédagogique.

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ROUISSAGE DU LIN ET DU CHANVRE.

Les archives départementales concernant Maisdon mentionnent cette activité qui durait une dizaine de jours, dans la Maine en amont de Caffineau. Le rouissage est la macération que l'on fait subir aux plantes textiles telles que le lin et le chanvre pour faciliter la séparation de l'écorce filamenteuse avec la tige. Il y avait en effet quelques tisserands à Maisdon.

Témoignage d’un membre de l’association : « Pendant la deuxième guerre mondiale, mes parents cultivaient le lin. Je descendais à la Chasseloire pour le faire rouir dans la rivière, et il était séché dans un four à la Haie Trois Sous. Ensuite ma grand-mère le filait avec sa quenouille. Le four a été démoli après la guerre car les habitants du village ont décidé d’empierrer les chemins ».

 
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ACTIVITÉS DE LOISIRS
Jusqu'aux années 60, époque où l’eau était de meilleure qualité, on pouvait se baigner ou nager en rivière, aux Sablons, au bord de la Maine, à proximité de la Bordeliere, à la « piscine » de Château-Thébaud, rive gauche, en amont du barrage, à l’aplomb de la Chauvinière, à la cale du Gué-Joubert.
De même, beaucoup de riverains possédaient une barque, utilisée pour la promenade ou la pêche, pour traverser d'une rive à l'autre, par exemple au Gué-Joubert, pour aller à La Haye-Fouassière, ce qui raccourcissait le trajet.
La pêche était une activité favorite surtout l'été. Sous l'Ancien Régime, les seigneurs détenaient de nombreux privilèges, entre autres le droit de pêche, ce qui incitait beaucoup de pêcheurs à s’adonner au braconnage. On pratiquait la pêche à la ligne naturellement mais aussi avec des moyens plus ou moins contestés par les autorités, comme en témoigne cet arrêté du préfet de Loire-Inférieure en date du 9 octobre 1863 : « faisant obligation aux pêcheurs qui tendent des filets sur la partie non navigable de la Maine, de laisser une ouverture d’au moins 3 m de large ».
Parmi les techniques de pêche, on peut citer : la ligne de fond, la « bignée » (terme local) pour les anguilles, le bois courant, le carrelet surtout en période de crues, la bosselle ou la louve…
Le matériel utilisé n'était pas sophistiqué, on se servait des moyens du bord. On consommait les prises.

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NAVIGATION
La Sèvre, navigable de Nantes au Pont de Monnières, Port-Domino, et la Maine jusqu'à Caffineau, ont été longtemps les principales voies de communication, les chemins étant impraticables à certaines saisons, pour le transport des denrées.
Les vestiges de quais sont encore visibles ici ou là, au port de la Hautière, au Gué-Joubert, à la cale de la Bidière, à Caffineau où il y avait environ 60 mètres de quais. Vers Nantes, on transportait le vin et les eaux-de-vie, des denrées alimentaires, du foin, du blé, et de Nantes vers le Vignoble, les engrais, la chaux, des matériaux de construction(tuffeau), des étoffes, et plus tard le sable de Loire.
Les barques à fond plat sont remplacées par des péniches mues par des voiles, puis au XXe siècle par des moteurs, lorsque la pierre extraite dans la carrière de Caffineau doit être acheminée vers Nantes. L'entreprise Barré, propriétaire de la carrière, possédait trois péniches : « le Grondeur » pilotée par le marinier Roger Barreau, Albert Régent était le maître à bord de « La Bavaria » et Marcel Thorin sur « La Vendée », tirée par un remorqueur. À la carrière, on faisait aussi appel à des entrepreneurs ou artisans qui avaient leur propre bateau.
À la fin du XIXe siècle, commence la navigation de « plaisance », de Nantes à Vertou, d'abord, puis jusqu'au port Domino (Le Pallet) près du pont de Monnières, et à Caffineau, avec la « société des Hirondelles », disposant de bateaux à vapeur qui permettaient aux Nantais une agréable promenade, à un prix raisonnable, le dimanche et même parfois le jeudi, jour de congé pour les écoles, à la belle saison.
Les derniers bateaux qui ont navigué jusqu'à Château-Thébaud, à la fin des années 1950, s'appelaient « le Printemps » et « Sèvre et Maine ».

 

LEXIQUE

  1. Aveu : description détaillée de tout ce qui constitue un fief (les terres qui appartenaient à un seigneur). L’aveu énumère les redevances dues au suzerain par le vassal.


      2. Bêche : la bêche métallique était un genre de caisse perforée, ouverte sur un côté, emmanchée d'une perche placée du côté opposé à l'ouverture.


SOURCES

-  Documents de l'association « Recherches et Découvertes Maisdonnaises »

« Maisdon-sur-Sèvre, son histoire » Recherches et Découvertes Maisdonnaises 2017.

- « Notice statistique et historique sur la commune de Maisdon suivie d'un exposé des projets de démembrement de cette commune »

Mr Petit des Rochettes maire de Maisdon (1865- 1873).

- « Pont-Caffino, la pierre et l’eau » Place publique hors-série 2020

- Souvenirs de René Farges.