L’histoire de Maisdon et ses énigmes



 Joseph Lebas est né le 7 septembre 1868 au village de la Haie-trois-sous à Maisdon. Il fut ordonné prêtre en 1893 et nommé professeur au collège Saint Stanislas à Nantes en 1898, ce qui lui permit de pouvoir fréquenter les archives départementales et de s’adonner à des recherches sur Maisdon.

   Voici quelques extraits de ses notes :

 
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 Les fesses du Diable.

   

                                  

 

   A la Bimboire, se trouve une roche qui mesure 1m de long, 0m60 de haut et 0m40 de large. Sur l’une des faces se voient deux cavités profondes, presque juxtaposées et creusées de main d’homme. Cette roche est désignée sous le nom rabelaisien des fesses du Diable.

   En 1865, le jour de mardi-gras, les jeunes gens de Maisdon traînèrent cette pierre sur la place du bourg ; mais le marquis de la Bretêche réclama son bien et il a fallu lui retourner la pierre endiablée.

   Ce qui donne un grand intérêt à cette pierre, c’est qu’elle se trouve entourée de traditions et de monuments gaulois ; la Bonne-Fontaine, la croix du carrefour de la Bordelière et la Chapelle du Salut, anciens lieux d’apparitions fantastiques ; le village du Gast, dont le nom signifie ruine ; enfin la découverte récente d’un tumulus à 100m de là.

 
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   La Croix des Filles.

   A deux kms environ du bourg, à l’entrée de l’ancienne lande de Maisdon, où se réunissent les chemins de de la Bretêche (1) et de la Bretonnière, au milieu d’un petit Patis, se voit une croix de pierre, peu élevée, désignée sous le nom de Croix des Filles.

   Deux légendes expliquent le nom de cette croix.

   Une grande peste ayant affligé le pays, le cimetière paroissial devint insuffisant pour les inhumations. On choisit alors un endroit éloigné du bourg, et les premières sépultures faites dans ce nouveau cimetière furent celles de plusieurs jeunes filles.

   De là le nom de cette croix érigé sur ce champ funèbre.

   La seconde légende tient du merveilleux ; elle rappelle la légende allemande des Willis. Une nuit d’été, des jeunes filles revenaient d’une fête de village, où les danses avaient été fort animées.   En arrivant à l’entrée de la lande, l’une d’elles fit à ses compagnes la proposition de former une nouvelle ronde. A l’instant, les danses recommencèrent ; mais tout à coup, apparaît un personnage inconnu qui se mêle à la ronde et lui imprime un mouvement tellement furibond, que bientôt, lasses d’épuisement, les jeunes filles tombent inanimées.

   Dans un aveu (2) du XVIIème siècle, le cimetière des filles est mentionné.

   Il existe une troisième version qui n’est pas mentionnée dans les notes de Joseph Lebas. Lors des guerres de religions qui opposaient les catholiques aux protestants (XVIème siècle), un massacre aurait eu lieu et ces jeunes filles auraient été inhumées hors du bourg car elles étaient protestantes.


   Un membre de l’association s’est attaché à faire des recherches autour du sujet de ce mystérieux cimetière des filles ; en voici un résumé :


   Les documents connus qui évoquent ce cimetière sont : un registre paroissial qui précise que le 10 juin 1759, à l’occasion de l’ouverture d’une retraite, une procession du Saint-Sacrement a été conduite au cimetière des filles, a fait le tour des landes des Durgeries et est revenue par le même chemin ; un texte de 1679 dénombrant les biens du seigneur de la Bretesche (un aveu) qui précise « qu’au bout desquelles landes est un petit cimetière auquel est une croix de pierre ».

   Si rien ne permet aujourd’hui de le distinguer dans le paysage, le cimetière des filles est bien dénommé et situé sur le cadastre de 1814. Il doit se trouver, au nord du village des Croix, à quelques mètres près, à l’embranchement de la route qui conduit à la Rebourgère.

Pourquoi un cimetière à cet endroit, réservé à la sépulture de « filles » ?

La tradition retient deux hypothèses sérieuses : une épidémie de peste aurait obligé, en raison du grand nombre de décès, à procéder à des sépultures à l’extérieur du cimetière ; des femmes auraient été martyrisées pendant les guerres de religion ; cette dernière hypothèse est mentionnée par Alfred GERNOUX dans l’article consacré à Maisdon, paru dans la revue « Les Annales de Nantes et du Pays nantais » en 1967.

Quelle hypothèse est la plus probable ?

   Le terme « cimetière des filles » laisserait supposer a priori, mais ce n’est pas une certitude, qu’il s’agit d’un cimetière de religieuses ou de femmes liées à une communauté religieuse.

   Rien n’indique qu’il y ait eu à cet endroit une communauté religieuse mais le monastère des Couëts à Bouguenais, possédait, selon un aveu de 1678 recopié par l’abbé LEBAS, un fief qui s’étendait notamment « sur les pièces de terre nommées (…) la Noë et les Dorgeries » ; les Dorgeries représentaient alors un espace très vaste de part et d’autre du Moulin des Landes.

   Françoise d’Amboise avait fondé un Carmel aux Couëts en 1477.  La Bienheureuse s’est occupée d’une sœur probablement malade de la peste et elle meurt en 1485, ayant elle-même contracté la même maladie ; des religieuses ou des femmes liées au monastère et vivant sur les terres du fief-lige du monastère des Couëts, auraient-elles été inhumées sur les terres qui dépendraient du Carmel ?

   Dans une très ancienne biographie  de la Bienheureuse Françoise d’Amboise suivie de pages sur l’histoire des Carmélites , ce  qui constitue un chapitre de de « La Vie des Saints de la Bretagne Armorique » dont la version initiale a été publiée en 1636 par le dominicain Albert Le Grand, il est rapporté que des huguenots voulurent s’attaquer au monastère des Couëts en novembre 1568 dans « le dessein d’y mettre le feu et de les saccager toutes » mais ils durent renoncer et s’égarèrent, ils mirent, selon l’auteur, le feu au monastère de Vertou…

Ce qui est curieux, c’est que l’on retrouve à la lecture de l’histoire du Carmel des Couëts des éléments qui évoquent deux hypothèses retenues par la tradition : il est vrai aussi que les épidémies de peste pouvaient toucher bien d’autres gens, tout comme les méfaits des guerres de religion au XVIème siècle.

   L’existence du cimetière des filles n’a donc peut-être rien à voir avec une communauté religieuse, mais cela invite, d’une part à approfondir cette question et, d’autre part, à mieux connaître certains épisodes des Guerres de Religion dans notre région.


   (1) - c’est ainsi qu’il est écrit dans le texte original.

   (2) -Aveu : En droit seigneurial, l'aveu est une déclaration écrite que doit fournir le vassal à son suzerain lorsqu’il entre en possession d’un fief (par achat ou héritage). L’aveu est accompagné d’un dénombrement décrivant en détail les biens composant le fief.