Copie de Presbytère de Maisdon 91.JPG

L'abbé Joseph Courtais (1751 1829)

Il eut un ascendant certain sur toute la région à son époque.

Depuis que les rues du Bourg ont été baptisées, le nom Courtais est désormais connu de tous. La « rue des abbés Courtais » est celle qui conduit de l'église au presbytère.

Joseph Courtais est né en 1751 à Tillières, appartenant alors au diocèse de Nantes, fait de solides études classiques chez les pères de l'Oratoire de Nantes et des études à Angers d'où il sort docteur en théologie. Ordonné prêtre en 1779. Vicaire à Aigrefeuille, il fut ensuite nommé à Sainte-Croix de Nantes.

À trente-trois ans, après un brillant concours il obtint une des plus riches cures du diocèse, celle de Maisdon. Il établit dans son presbytère un cours de science dans lequel il fut secondé par ses vicaires, les frères Jean et Joseph Bouyer enseignant la philosophie.

À la révolution, il devint prêtre réfractaire (1). Il fut alors expulsé de son église et de sa maison. Le presbytère et ses dépendances servirent de quartier général aux Armées républicaines, c'est pourquoi ces lieux furent épargnés lors du passage des Colonnes infernales les 3 et 4 avril 1794 qui incendièrent l'église et un très grand nombre de maisons (90) de la commune.

 Il sortait souvent déguisé et se cachait chez les habitants. C'est de préférence de nuit qu'il célébrait des messes dans les bois des rives de la Sèvre et de la Maine, souvent accompagné de l'Abbé Thomas Delse. Le jour, l’abbé Courtais risquait des retours à la cure : dissimulé dans un local étroit derrière la grande cheminée de la cuisine, il espionnait les décisions militaires et pouvait ainsi mieux échapper aux mouvements des troupes.

Privé de ses livres et de ses élèves, il copia des missels qu’il laissait dans les villages pour s'en servir à l'occasion. Il n’est resté qu'un exemplaire de cette collection de messe votives. Il est conservé au chapitre de Nantes en souvenir de ce vénéré confrère.

Son zèle ne fut pas entamé par les dangers encourus en cette période troublée : ses discours restèrent emplis de charité et d'une constante gaieté. Par ses exemples, il apprit à tous à souffrir pour la justice car il fut très affecté d'avoir été remplacé par un prêtre assermenté l'Abbé Grelet. Ce dernier dut se retirer très rapidement, totalement rejeté par les paroissiens.

Sitôt la paix revenue, il envoya l’abbé Delse rétablir le culte à Aigrefeuille, tandis que lui, grâce à la foi généreuse de ses paroissiens, rouvrit son église de Maisdon et put rentrer dans son presbytère. Il entreprit les réparations nécessaires principalement de l'Église à partir de 1805 et a pu racheter le presbytère et son jardin en 1809, belle propriété derrière de hauts murs touchant les logis Pineau, Marcelin et Loiseau. Aimant enseigner, ce fut une véritable école secondaire qu'il créa en sa grande cure. Petit et grand séminaire, de nombreux pensionnaire studieux, dévoués, venant parfois de loin, y firent des études de qualité. On y enseignait le latin, la théologie, la philosophie… Il faisait même réciter les leçons et corriger les devoirs, discutait les questions de philosophie et de théologie en allant visiter les malades à cheval. À soixante ans, il apprit le grec ancien pour l'enseigner ensuite. Ce travail incessant ne nuisait nullement à l'exercice de son ministère, prêchant souvent sans avoir ni écrit ni appris ses discours. Il fut secondé par son neveu François Courtais qui devint vicaire à partir de 1812.

Homme érudit, il sut aussi allier douceur et simplicité à une certaine austérité et de solides convictions.  Il fut vicaire général et chanoine en 1820 et on assure même que l'épiscopat lui fut proposé en 1827 mais qu'il le refusa, préférant vivre et mourir auprès de ses chers paroissiens.

Ceux-ci n’entreprenaient rien d'important sans le consulter et le vénéraient à l'égal d'un saint. Pour ses confrères, se fut aussi par sa science et ses lumières un véritable guide, trouvant toujours le temps de répondre à une foule de consultations.

En octobre 1829, il connut de réelles souffrances liées à une insuffisance rénale et il mourut le 7 décembre 1829 à 78 ans Sur sa tombe fut écrit ce verset de l'Ecclésiaste : In omnis ore quasi mel edulcabi tur ejus memoria « Dans la bouche de chacun, sa mémoire sera rendue douce comme le miel ».

Son neveu François Courtais lui succéda de 1829 à 1846.

Au XIXème siècle, Maisdon fut l'une des paroisses qui fournit le plus grand nombre de prêtres : plus de cent se réclameront de leur maître, l'abbé Joseph Courtais.

(Extrait du livre "Maisdon-sur-Sèvre, son histoire")


 - (1) Prêtre réfractaire : Prêtre qui, sous la Révolution, refuse de prêter serment à la Constitution civile du clergé, votée par l'Assemblée constituante le 12 juillet 1790. Certains prêtres réfractaires seront mis en prison et exécutés.